Une murmuration, c'est ce vol d'oiseaux qui se déplace comme un seul corps. Je la recompose avec des milliers de grues en origami, fruit de l'art traditionnel japonais du pliage.
Après les Beaux-Arts, j'ai été pendant plus de sept ans l'assistant créatif de Kenzo Takada, dans son studio à Paris. Un jour, il a emmené ses collaborateurs en Birmanie, à Bagan, cette plaine où se dressent plus de deux mille temples.
Nous sommes partis à l'aube pour survoler la plaine en montgolfière. Quand le soleil s'est levé, chaque temple a jeté sur le sol une longue ombre, et des centaines de silhouettes se sont couchées dans la même direction. C'est là, au-dessus de Bagan, que l'idée est née : des formes simples, répétées par milliers, et la lumière pour leur donner une ombre.
Chaque oiseau est plié, résiné puis peint à la main. Une petite pièce demande trois à quatre semaines de travail, les grands formats bien davantage : des milliers de gestes répétés, jusqu'à ce que la nuée prenne vie.
La composition se lit dans l'espace. La nuée se décolle du mur en courbe, pas en ligne droite, et quelques oiseaux s'en échappent ici et là, comme dans un vrai vol.
Puis vient la lumière. Selon le lieu, un ou plusieurs éclairages croisent leurs faisceaux : chaque grue projette une ou plusieurs ombres, et l'œuvre se démultiplie sur le mur. Selon l'angle et le regard, on voit davantage les oiseaux ou leurs ombres.
Je vis et travaille en Ardèche, dans un studio entouré de forêts, loin du bruit. Un lieu propice à ce silence que Kenzo Takada voyait dans les Murmurations.